Roger Vitrac

Victor ou les enfants au pouvoir

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Spectacle studio sur la grande scène
RO
EN

Victor, neuf ans
Áron Dimény
 
Charles Paumelle, père de Victor
Zsolt Bogdán
 
Émilie Paumelle, mère de Victor
Emőke Kató
 
Lili, bonne des Paumelle
Csilla Varga / Gizella Kicsid
 
Esther, six ans
Csilla Albert
 
Antoine Magneau, père de Esther
Ervin Szűcs
 
Thérèse Magneau, mère de Esther
Andrea Vindis
 
Le général Louségur
József Biró
 
Madame Ida Mortemart
Imola Kézdi / Enikő Györgyjakab
 
Le docteur / Le grande Dame / Maria, bonne
Levente Molnár

metteur en scène
Silviu Purcărete
 
scénographe-costumier
Dragoş Buhagiar
 
musique originale
Vasile Şirli
 
conseiller musical
Katalin Incze G.
 
assistant du metteur en scène
István Albu
 
assistant du scénographe
Petre-Tiberius Trifan
 
assistant du scénographe
Vladimir Iuganu
 
régie plateau
Petre-Tiberius Trifan

Date de la création: 29 novembre 2013
Date de la creation : 29 novembre 2013
Durée : 2 heures avec un entracte
 

Les courants avant-gardistes, parmi lesquels le surréalisme, rejettent fermement les genres traditionnels. En principe, ils refusent le théâtre aussi, le reléguant au statut d’entreprise commerciale dont le but est de subvenir aux besoins de la bourgeoisie. Pourtant, ces courants n’excluent pas la possibilité de se servir, de temps à autre, des moyens d’expression du théâtre. Mais ils trouvent inacceptable que le théâtre soit pris au sérieux à long terme.     
 
Eh bien, M. Roger Vitrac a été un représentant important du surréalisme mais ceci, avant de commencer à écrire des pièces et de fonder un théâtre avec Antonin Artaud et Robert Aron. Les trois ont créé ensemble un des théâtres les plus révolutionnaires de la première moitié du 20e siècle, le théâtre Alfred Jarry, qui a fonctionné entre 1926 et 1930. Ce choix a entraîné le bannissement de Vitrac du groupe des surréalistes.

En dépit de l’exclusion et de l’anathème, le fait que la pièce de Vitrac – Victor ou les enfants au pouvoir, que la Comédie des Champs-Elysées a présentée le 24 décembre 1928 – n’est pas un drame surréaliste ou, du moins, qu’elle ne reflète pas de manière évidente les particularités du style est incontestable.
 
En regardant la distribution du drame, on dirait avoir à faire avec une des pièces boulevard qui comblaient les scènes de Paris à cette époque-là. Toutefois, lorsque nous apprenons que le protagoniste – Victor, qui fête son neuvième anniversaire – mesure 181 centimètres, nous commençons de nous rendre compte qu’il ne s’agit pas forcément d’une représentation réaliste ou de l’imitation d’un côté de la vie bourgeoise. La première scène apporte déjà toute une série de défis : Victor, l’enfant de neuf ans, chantage la femme de chambre en cassant un vase de Sèvres de grande valeur, puis la suspecte de fournir des services sexuels à ses patrons. L’illusion du monde et des valeurs bourgeois s’ébranle en quelques instants, l’image de ce monde à l’envers étant amplifiée par le dialogue entre la femme de chambre et l’enfant :       
 
LILI: Victor est devenu fou. Un enfant n’agit pas de la sorte.
VICTOR: Il n’y a pas d’enfants, ici! Et il n’y a jamais eu d’enfants!

Nous nous confrontons à un monde bouleversé, qui a perdu ses valeurs, dans lequel les adultes citent de longs passages de l’encyclopédie Larousse, parlent en même temps et agissent comme s’ils étaient des enfants. Il n’est pas surprenant que Victor « chevauche » le général Monségur arrivé pour dîner, que les adultes donnent libre cours à des désirs sexuels et trompent leur partenaire devant les enfants, qu’Ida Mortemart, une dame se trouvant là par hasard et souffrant de ballonnement, est la première à éveiller en Victor de véritables sentiments et que, après son départ, tout le monde perd la boussole et devient imprévisible, la langue contredisant le fonctionnement normal d’un esprit lucide.    

Tout cela nous fait penser à l’idée centrale du surréalisme : la vie est synonyme de rêve, hallucination, hypnose.